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un cahier ouvert au petit matin symbolisant l'entrée dans le blog Les Maths avec Sophie et ses parcours d'apprentissage

Vous venez d’atterrir sur ce blog, et vous vous demandez sans doute par où commencer. Bonne nouvelle : c’est exactement à ça que sert cette page.

Ce blog ne parle pas de mathématiques. Enfin — si, un peu, forcément. Mais sa vraie promesse, c’est de parler de l’apprentissage des mathématiques : pourquoi certains enfants bloquent, comment le cerveau mémorise vraiment, ce que la recherche en pédagogie a découvert ces dernières années, et comment transformer tout ça en gestes concrets à la maison ou en cours. Pas de jargon gratuit, pas de leçon magistrale : des articles sourcés, souvent surprenants, toujours écrits pour être utiles le jour même.

Je m’appelle Sophie Martin, je donne des cours particuliers de maths à domicile à Auch et dans les environs, du collège jusqu’au premier cycle universitaire. Ce que j’aime le plus dans ce métier, c’est voir un élève passer de « je suis nul en maths » à « ça y est, j’ai compris ! » — et ce blog est né de l’envie de partager, au-delà de mes élèves du moment, tout ce que ce métier m’apprend sur la façon dont on apprend vraiment. Si vous voulez en savoir plus sur mon parcours, direction ma page « Qui suis-je ? ».

Vous aussi apprenez à aimer les maths. Et cette discipline deviendra un jeu

Trois parcours, selon où vous en êtes

👉 Votre enfant bloque en maths

Vous vous reconnaissez dans cette scène : il comprend en cours, il vous dit que c’est bon, et pourtant, devant l’exercice, plus rien n’avance. Ces trois articles décortiquent ce qui se joue vraiment derrière ce blocage — et surtout, comment en sortir sans y laisser toute la soirée.

👉 Tu es collégien ou lycéen

Toi qui lis ça : tu cherches probablement une méthode qui marche vraiment, pas un énième conseil du genre « travaille plus ». Ces articles te donnent des outils concrets, testés avec de vrais élèves, pour progresser sans y passer ta vie.

👉 Vous voulez comprendre comment on apprend

Vous êtes curieux, curieuse — parent, enseignant, ou simplement passionné par la façon dont fonctionne l’apprentissage. Ces trois articles vont plus loin que les maths elles-mêmes : ils explorent ce que la recherche récente dit de l’apprentissage, de l’autonomie, et de la place — encore floue — de l’intelligence artificielle dans tout ça.

Et maintenant ?

Vous avez trouvé votre parcours ? Parfait, lancez-vous. Vous hésitez encore ? Aucune importance — parcourez l’ensemble des articles du blog, quelque chose finira par vous accrocher.

Envie de garder un fil avec ce blog plutôt que de le découvrir au hasard des recherches Google ? Abonnez-vous à ma lettre d’information et recevez mon ebook gratuit : un condensé de méthodes pour arrêter de subir les devoirs de maths à la maison.

Bienvenue. Et à très vite dans les commentaires ou par mail.

Travail des lycéens : un quart d’entre eux a un job, et ça change tout

Adolescent qui travaille en caisse après les cours, entre lycée et petit boulot
Un quart des lycéens en France ont un job en plus des cours. Si ce chiffre vous surprend, vous n’êtes pas seul — les enseignants eux-mêmes n’y croient pas quand on le leur donne.

Restauration rapide, livraison à vélo, baby-sitting, revente en ligne, coup de main dans le commerce familial le week-end… Pendant que beaucoup de parents imaginent leur ado occupé entre cours, devoirs et téléphone, une partie non négligeable d’entre eux mène une double vie, discrètement, souvent sans que l’école ne s’en rende compte.

Un lycéen sur quatre, un sur trois en filière professionnelle

Le chiffre vient d’une étude publiée en mars 2026 : environ 25 % des lycéens déclarent exercer une activité rémunérée pendant l’année scolaire (soirs, week-ends, périodes de vacances hors été), et cette proportion grimpe à un tiers en lycée professionnel.1 Les formes que prend ce travail sont multiples — restauration, livraison, revente en ligne, emplois familiaux, petits boulots déclarés ou non — et concernent toutes les filières, de la seconde à la terminale.

Un point de méthode avant d’aller plus loin, parce que ce chiffre mérite d’être manié avec la précision qu’il exige : cette étude n’est pas une grande enquête statistique nationale façon Insee. C’est une enquête exploratoire et qualitative, menée par le Céreq auprès de 6 000 répondants dans une vingtaine d’établissements, complétée par des entretiens avec les équipes éducatives. Le chiffre de 25 % est solide — il vient d’un questionnaire à large échelle — mais l’ensemble de la démarche reste d’abord qualitative, pas un recensement exhaustif. Ce n’est pas la même nature de preuve qu’un chiffre Insee, et il serait malhonnête de le présenter comme tel.

Un dernier détail intéressant sur ce chiffre : les anciennes estimations situaient ce phénomène autour de 20 %. Je n’ai pas trouvé, en cherchant sérieusement, la date précise de cette ancienne estimation ni sa méthodologie exacte — donc je vous le donne comme un ordre de grandeur mentionné par les chercheurs eux-mêmes, pas comme une comparaison chiffrée solide dans le temps.

Pourquoi personne ne voit rien venir

Le résultat le plus frappant de cette étude n’est peut-être pas le chiffre lui-même, mais la réaction qu’il provoque. Les chercheurs rapportent que, quel que soit l’établissement, ce phénomène est systématiquement sous-estimé par les professionnels interrogés — enseignants en tête. Quand on leur annonce qu’environ un quart de leurs élèves travaille, la réaction est presque unanime : la surprise.

💡 Ce que dit l’étude : le personnel de vie scolaire (CPE, surveillants) a davantage connaissance de ces situations que les enseignants eux-mêmes, plus éloignés du quotidien concret des élèves. Le sujet n’est pas tabou — il est simplement perçu comme marginal, jusqu’à ce que la fatigue, l’absentéisme ou une chute de résultats le rendent visible.

Lycéen fatigué qui termine ses devoirs tard le soir
La fatigue est une des conséquences les plus courantes du cumul emploi-études.

Cette invisibilité n’est pas anodine. Un lycéen qui travaille discrètement ne le crie pas sur les toits — par pudeur, par peur du jugement, ou parce qu’il maintient volontairement une frontière étanche entre son école et sa vie de salarié. Résultat : l’institution découvre souvent la situation au moment où elle a déjà des conséquences, pas avant.

Ce que la recherche dit vraiment sur l’impact scolaire

C’est ici qu’il faut être le plus prudent, parce que le raccourci est tentant : « il travaille, donc ses notes baissent ». Les chercheurs eux-mêmes refusent ce raccourci. Le lien entre travail lycéen et difficultés scolaires n’est pas fermement établi dans un sens unique — et surtout, la causalité peut fonctionner dans les deux directions : chez certains jeunes en difficulté, ce sont les difficultés scolaires qui poussent vers le travail (pour retrouver un sentiment d’utilité ou de compétence ailleurs), pas seulement l’inverse.

Ce que l’étude montre en revanche assez clairement, c’est que ce travail n’est pas réparti au hasard. Les élèves les plus précaires sont aussi ceux qui travaillent le plus souvent — la monoparentalité, les situations économiques fragiles, ou certains parcours migratoires (notamment chez les mineurs non accompagnés) sont des facteurs régulièrement associés au recours précoce à une activité rémunérée. Le travail lycéen n’est donc pas qu’une question individuelle de « gestion du temps » : c’est aussi un marqueur social, qui risque d’accentuer des inégalités déjà présentes.

Les effets, précisent les chercheurs, ne sont d’ailleurs pas uniformes : ils dépendent du temps consacré à l’activité, des conditions dans lesquelles elle s’exerce, et surtout du fait qu’elle soit choisie ou subie. Un job occasionnel et choisi n’a probablement pas les mêmes conséquences qu’un emploi contraint et prenant, imposé par la nécessité économique du foyer.

Ce que ça change concrètement, si vous êtes parent

Vous n’avez pas besoin d’une étude pour savoir si votre ado travaille — mais ce que cette recherche apporte, c’est une raison de ne pas minimiser le sujet s’il se présente, ni de le voir comme forcément incompatible avec la réussite scolaire.

Quelques repères simples :

  • La fatigue et l’absentéisme sont des signaux tardifs, pas des signaux précoces. Si votre ado montre des signes de fatigue inhabituelle ou un désintérêt scolaire nouveau, ce n’est pas nécessairement de la paresse — ça vaut la peine d’en parler ouvertement, sans jugement immédiat.
  • Un job n’est pas un problème en soi. La question n’est pas « travaille-t-il ? » mais « dans quelles conditions, et est-ce choisi ou subi ? ».
  • Le dialogue vaut mieux que la découverte après coup. Un ado qui sent qu’il peut parler de son job sans se faire immédiatement sermonner sur ses notes est plus susceptible d’alerter lui-même en cas de vrai problème d’organisation.
Parent et adolescent qui discutent calmement à la table de la cuisine
Le dialogue serein permet de resituer les priorités et de trouver une voie d’équilibre.

Et du côté de l’organisation du travail scolaire

Ce sujet dépasse largement les maths — c’est avant tout une question de société et d’équité scolaire. Mais si votre ado doit effectivement composer avec un emploi du temps serré entre lycée, devoirs et job, la question de l’organisation devient centrale : mieux vaut un travail régulier et court qu’une révision entassée la veille, surtout quand le temps disponible est déjà compté. J’en parle plus en détail dans mon article sur comment vraiment progresser en maths, avec des méthodes qui prennent justement en compte un temps de travail limité.

Le travail des lycéens n’est ni une anomalie honteuse, ni un détail sans conséquence. C’est une réalité qui concerne un élève sur quatre, largement passée sous le radar — y compris le mien, avant de tomber sur cette étude. Et vous, aviez-vous une idée de l’ampleur du phénomène ?


  1. Berthet Thierry, Guichard Léa, Harmand Marie-Laure, Simon Véronique et Vollet Juliette, « Le travail invisible des lycéen·nes. Ces élèves qui cumulent études et activités rémunérées », Céreq Bref, n° 483, mars 2026, 4 p. Issu du projet de recherche ANR « Travail des lycéen·nes et trajectoires scolaires » (TDL), enquête menée en 2024-2025 auprès de 6 000 répondants dans une vingtaine d’établissements (lycées généraux, technologiques, professionnels de trois régions, et missions locales).

Fake news et statistiques : ce que les maths peuvent vous apprendre

Personne qui doute devant un chiffre choc affiché sur son téléphone

« 73 % des Français pensent que… » Bon, je vous arrête tout de suite : je viens d’inventer ce chiffre. Et c’est bien là le problème.

Un chiffre choc, une infographie qui tourne sur les réseaux, une phrase qui commence par « des chercheurs ont prouvé que »… Et nous voilà tous en train de hocher la tête, convaincus, sans avoir vérifié quoi que ce soit. Ce n’est pas un manque d’intelligence. C’est un manque d’outils. Et les maths — oui, les maths que vos enfants trouvent parfois abstraites — sont justement l’un des meilleurs outils qui existent pour ne pas se faire avoir.

Ce que dit vraiment une étude récente sur l’esprit critique des élèves

Soyons honnêtes : ce sujet, je pourrais vous le vendre avec de bons sentiments et aucune preuve. Ça tomberait à plat, et ce serait exactement le genre de raccourci que cet article dénonce. Alors voici une vraie donnée, vérifiée : en avril 2026, la DEPP (la statistique du ministère de l’Éducation nationale) a publié les résultats d’une enquête menée en 2022 auprès de 8 000 élèves de sixième et 15 000 élèves de seconde, sur leur capacité à distinguer les vraies des fausses informations.1

Le résultat qui m’a arrêtée : les élèves de sixième identifient correctement la véracité de 6 informations sur 10, contre 7 sur 10 en seconde. Le discernement progresse donc bien avec la scolarité — logique, on apprend, on mûrit. Mais leur adhésion aux thèses complotistes, elle, reste comparable entre la sixième et la seconde. Grandir et progresser scolairement n’immunise pas automatiquement contre les fausses croyances. Ce sont deux compétences différentes, qui n’avancent pas au même rythme.

Autre enseignement de cette étude, et il va vous surprendre si vous pensiez que je vais plaider pour ma propre discipline sans nuance : ce sont les résultats en français, plus encore que les maths, qui sont le plus liés à un bon score de discernement de l’information. Les maths aident, mais elles ne font pas tout — comprendre un texte, en saisir les sous-entendus, compte au moins autant.

Le piège n°1 : le graphique qui raconte une autre histoire que les chiffres

C’est le classique du classique. On tronque l’axe vertical d’un graphique pour qu’une hausse de 2 % ressemble à une explosion. Regardez un graphique qui commence à 95 au lieu de 0 : une variation minuscule en réalité devient une pente vertigineuse à l’œil.

💡 L’astuce de Sophie : avant de réagir à un graphique choc, regardez toujours où commence l’axe vertical. S’il ne part pas de zéro, méfiance — pas forcément malhonnête, mais potentiellement trompeur, volontairement ou pas.

Graphique aux axes tronqués qui fait paraître une évolution plus spectaculaire qu'elle ne l'est
Graphique aux axes tronqués qui fait paraître une évolution plus spectaculaire qu’elle ne l’est.

Le piège n°2 : confondre corrélation et causalité

« Les enfants qui dorment avec une veilleuse ont plus de myopie » — vraie observation statistique des années 1990. Conclusion tirée à l’époque : la veilleuse abîme les yeux. Conclusion réelle, découverte plus tard : les parents myopes ont tendance à laisser une veilleuse et transmettent leur myopie génétiquement à leurs enfants. La veilleuse n’a jamais rendu personne myope — elle était juste corrélée avec la vraie cause, invisible dans les chiffres bruts.

C’est exactement ce que la note DEPP mentionnée plus haut prend soin de préciser sur ses propres résultats : un lien statistique entre deux facteurs (bons résultats scolaires et esprit critique, par exemple) ne dit rien, en soi, de qui influence qui, ni s’il n’y a pas une troisième cause cachée derrière les deux.

Le piège n°3 : le pourcentage qui cache le nombre réel

« 60 % d’augmentation ! » Oui, mais de combien à combien ? Passer de 2 cas à 3,2 cas, c’est +60 %. Passer de 2 millions à 3,2 millions, c’est aussi +60 %. Le pourcentage seul ne dit rien sans le chiffre de départ.

Un cas d’école, réel et documenté, illustre à quel point cette confusion peut avoir des conséquences concrètes — pas seulement statistiques. En octobre 1995, les autorités sanitaires britanniques annoncent que certaines pilules contraceptives doublent le risque de thrombose. Doubler, ça sonne terrifiant. Sauf qu’en valeur absolue, ce risque passait d’environ 15 cas sur 100 000 femmes par an à environ 30 cas sur 100 000 — toujours extrêmement rare.2 Le risque relatif (« deux fois plus ») et le risque absolu (« 30 sur 100 000, donc 99 970 sur 100 000 n’auront rien ») racontent, avec les mêmes données, deux histoires complètement différentes.

La suite est encore plus parlante : affolées, de nombreuses femmes ont arrêté la pilule du jour au lendemain. Résultat mesuré : une hausse des grossesses non désirées, particulièrement chez les plus jeunes — l’usage de la contraception orale chez les moins de 16 ans est passé de 40 % à 27 % en un an.3 Une statistique mal comprise n’est pas qu’une curiosité de cours de maths : elle peut changer de vraies décisions, avec de vraies conséquences.

💡 L'astuce de Sophie : quand vous entendez "risque doublé", "deux fois plus", ou "+60 %", demandez-vous systématiquement : doublé par rapport à quoi ? Un risque qui double en partant de presque rien reste, la plupart du temps, presque rien.

Une méthode simple à transmettre (et pas seulement à un ado)

Pas besoin d’un bac +5 en statistiques pour se protéger. Trois questions suffisent, à poser systématiquement face à un chiffre qui circule :

  • D’où vient ce chiffre ? Une étude nommée et datée n’a pas la même valeur qu’un « on dit que ».
  • Par rapport à quoi ? Un pourcentage sans base de référence ne veut rien dire.
  • Est-ce que ça prouve un lien de cause, ou juste une coïncidence statistique ?

C’est très exactement le réflexe qu’on travaille, sans le nommer ainsi, quand on apprend à un élève à vérifier un résultat de calcul plutôt qu’à l’accepter parce que « ça a l’air juste ». L’esprit critique en maths et l’esprit critique face à l’info, ce sont les deux faces de la même pièce.

Envie que votre ado développe ce genre de réflexe sans que ça ressemble à un cours magistral ? Mon ebook gratuit donne des pistes concrètes pour transformer ces petits blocages en déclics.

Élèves qui discutent et vérifient une information ensemble
Confronter son interprétation avec des amis ou un adulte permet de développer son esprit critique.

Et si ce sujet vous intéresse plus largement

Ce genre de vigilance n’est pas réservé aux ados : nous y sommes tous exposés, tous les jours, souvent sans même nous en rendre compte. Ça ne veut pas dire devenir méfiant de tout — juste se donner trois secondes de plus avant de partager, de croire, ou de paniquer.

Et si le sujet vous intéresse du côté des maths et des nouvelles technologies, j’en parle aussi dans mon article sur Réussir en maths à l’ère de l’IA.

Si ce sujet vous parle, mon ebook gratuit et ma newsletter creusent régulièrement ce genre de réflexes à transmettre à votre enfant, sans y passer des heures.

Alors, la prochaine fois qu’un chiffre choc débarque dans votre fil d’actualité : zéro panique, juste trois questions. Et vous, quel est le dernier chiffre douteux qui vous a fait lever un sourcil ?

  1. Bafoumou A.M., Raffy G., Persem E., Hekmati A., Cassotti M., Ghazi M., Lemaire M., Le Stanc L., Ye S. et Borst G., 2026, « Une meilleure capacité de discernement de l’information en seconde qu’en sixième, mais un niveau comparable d’adhésion aux croyances conspirationnistes », Note d’Information n° 26-10, DEPP, Ministère de l’Éducation nationale.
  2. UK Committee on Safety of Medicines, octobre 1995, alerte sur les pilules contraceptives de troisième génération (gestodène, désogestrel) et risque de thromboembolie veineuse ; données de risque absolu rapportées dans l’analyse The Pill Scare of 1995 (Where’s the Evidence?).
  3. Effet du « pill scare » de 1995 sur l’usage de la contraception orale au Royaume-Uni, données relayées par PubMed (The public health implications of the 1995 ‘pill scare’) sur l’évolution de l’usage chez les moins de 16 ans entre 1995-1996 et 1996-1997.

Pourquoi certains enfants « bloquent » en maths

La metacognition ou capacité de comprendre si on a compris, cela s'apprend. Et dès lors, la motivation n'est plus le problème.

« Il comprend, mais il n’y arrive pas. » Combien de fois ai-je entendu cette phrase, chez mes élèves ou dans mon bureau à Auch, de la bouche d’un parent désemparé ? Une étude toute fraîche de la DEPP vient justement mettre des mots — et des chiffres — sur ce paradoxe.

Le fameux « il ne se donne pas les moyens »

Vous connaissez la scène. Le carnet de notes, la moyenne qui stagne, et cette petite musique qui s’installe à la maison : « s’il s’y mettait vraiment, il y arriverait ». J’ai eu ce parent en face de moi, il y a deux semaines, au sujet de son fils de quatrième — un garçon brillant à l’oral, perdu dès qu’il faut poser une équation sur une feuille. Le verdict familial était tombé : paresse.

Sauf que non. Enfin, pas forcément. Et c’est là que la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP, le service statistique du ministère de l’Éducation nationale) vient de publier, fin juin 2026, une note qui change complètement la manière de poser le problème.

Ce que la DEPP a vraiment mesuré

Petite précision qui a son importance : cette étude ne repose pas sur un sondage d’opinion ou des impressions de terrain. Les chercheurs — Margot Rémeau, Audrey Léger, Elodie Vezon Persem et Grégoire Borst (celui-là même qui dirige le LaPsyDé, le labo de psychologie du développement et de l’éducation de l’enfant) — ont fait passer de vraies tâches expérimentales à 4 200 collégiens, en sixième et en quatrième, représentatifs de la France entière. Rien à voir avec un questionnaire où l’élève coche « je suis organisé » sur une échelle de 1 à 5.

Ils ont mesuré deux choses, qu’il faut absolument distinguer d’« être intelligent » mais qui peuvent bloquer en maths :

  • Les fonctions exécutives : c’est ce qui permet de retenir plusieurs informations en tête pendant qu’on résout un problème (mémoire de travail), de ne pas se laisser distraire par la première idée qui passe (inhibition), et de changer de stratégie quand celle qu’on utilise ne marche pas (flexibilité).
  • La métacognition : en gros, la capacité à savoir si on a compris ou pas — à se dire « attends, je viens de faire une bêtise » avant que le prof le dise à votre place.

(Arrête de rêver, Sophie, et reviens au concret — je vous vois déjà froncer les sourcils devant le jargon.) Prenons un exemple tout bête : un élève qui résout une équation à deux inconnues doit garder en tête ce qu’il vient de calculer (mémoire de travail), ne pas repartir sur la méthode qui a échoué trois fois (flexibilité), et sentir que son résultat final n’a pas de sens physique — genre un âge négatif — avant de le rendre (métacognition). Ce ne sont pas des « dons ». Ce sont des compétences cognitives qui s’apprennent et s’entraînent, comme on muscle un geste sportif pour ne plus bloquer en maths.

Le chiffre qui change la conversation

Voici l’os du problème, celui qui mérite d’être dit sans détour : en quatrième, l’écart de fonctions exécutives entre le tiers des élèves les plus performants en maths et le tiers des moins performants atteint 136 points sur l’échelle utilisée par les chercheurs. L’écart lié au milieu social — favorisé contre défavorisé — n’est « que » de 39 points.

Soyons honnêtes : dans le débat public, on parle presque exclusivement des inégalités sociales à l’école. Et elles sont bien réelles, personne ne le nie. Mais ici, l’écart de fonctions exécutives entre bons et mauvais élèves en maths est plus de trois fois plus large que celui entre milieux favorisés et défavorisés. C’est contre-intuitif, et ça mérite qu’on s’y arrête.

Mais — et c’est là que je dois être une prof sérieuse plutôt qu’une prof qui vous raconte une belle histoire — cette étude est corrélationnelle. Elle observe que les deux vont ensemble, elle ne prouve pas que l’un cause l’autre. Un enfant qui a de bonnes fonctions exécutives réussit peut-être mieux en maths parce que ça l’aide à résoudre les problèmes. Mais on peut aussi imaginer l’inverse : faire des maths régulièrement muscle justement la mémoire de travail et l’attention. Les deux histoires sont plausibles, et la note DEPP ne permet pas de trancher entre elles. Je préfère vous le dire clairement plutôt que de vous vendre une certitude que je n’ai pas.

La bonne nouvelle, elle, tient debout

Il y a un résultat de cette étude qui, lui, ne dépend pas de la question causale — et c’est celui qui compte le plus pour vous, parents. Les élèves de milieu social défavorisé qui ne vont pas bloquer en maths ont des scores de fonctions exécutives et de métacognition proches de ceux des élèves de milieu social intermédiaire — nettement au-dessus de la moyenne de leur groupe social.

Autrement dit : la réussite en maths chez un enfant né sans toutes les cartes en main s’accompagne de compétences exécutives développées. Ce n’est pas un déterminisme figé de naissance. En fait, c’est un ensemble de capacités qui s’observent, qui varient d’un enfant à l’autre. — Et d’autres travaux en psychologie cognitive affirment que ces capacités se travaillent. Par exemple, découper une tâche en étapes, verbaliser ce qu’on vient de faire, apprendre à se relire avec un œil critique permettent de ne plus bloquer en maths.

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« Je ne suis pas nul, je suis juste fatigué de tout tenir en tête en même temps » — un de mes élèves de troisième, qui avait mis le doigt sur sa mémoire de travail sans le savoir.

💡 L’astuce de Sophie

Devant votre ado qui « ne se donne pas les moyens », essayez ceci avant de conclure à la paresse : demandez-lui de vous expliquer à voix haute, étape par étape, comment il a résolu un exercice — même juste. S’il patauge pour mettre des mots sur sa propre démarche, ce n’est probablement pas un problème de motivation. C’est un problème de métacognition, et ça, ça se travaille bien plus facilement qu’un problème de volonté.

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Et si on arrêtait de chercher un coupable ?

Voilà où je veux en venir. La prochaine fois que vous serez tentés de dire « il ne s’accroche pas », posez-vous plutôt la question : est-ce que c’est vraiment ça, ou est-ce qu’il se noie dans trop d’informations à tenir en tête en même temps sans bloquer en maths ? Les deux diagnostics ne mènent pas du tout aux mêmes solutions — l’un à la sanction, l’autre à l’entraînement.

Ce que je retiens de cette note DEPP, ce n’est pas un scoop miraculeux qui explique tout. C’est une invitation à regarder ailleurs que là où on regarde d’habitude. Et vous, la prochaine fois que votre enfant bute sur un exercice, qu’est-ce que vous observerez en premier : sa motivation, ou sa façon de s’organiser dans sa tête ?

Source : DEPP, Note d’information n°26.25, « Au collège, les écarts de compétences transversales sont plus marqués pour les dimensions cognitives que socio-émotionnelles », juin 2026note complète en PDF.

Photo de tête d’article de laura adai sur Unsplash