Un quart des lycéens en France ont un job en plus des cours. Si ce chiffre vous surprend, vous n’êtes pas seul — les enseignants eux-mêmes n’y croient pas quand on le leur donne.
Restauration rapide, livraison à vélo, baby-sitting, revente en ligne, coup de main dans le commerce familial le week-end… Pendant que beaucoup de parents imaginent leur ado occupé entre cours, devoirs et téléphone, une partie non négligeable d’entre eux mène une double vie, discrètement, souvent sans que l’école ne s’en rende compte.
- 💡 Ce que vous allez apprendre dans cet article
- La proportion réelle de lycéens qui ont une activité rémunérée pendant l’année scolaire
- Pourquoi ce phénomène reste largement invisible, y compris pour les professionnels de l’éducation
- Ce que la recherche dit — et ne dit pas — sur le lien entre ce travail et les résultats scolaires
Un lycéen sur quatre, un sur trois en filière professionnelle
Le chiffre vient d’une étude publiée en mars 2026 : environ 25 % des lycéens déclarent exercer une activité rémunérée pendant l’année scolaire (soirs, week-ends, périodes de vacances hors été), et cette proportion grimpe à un tiers en lycée professionnel.1 Les formes que prend ce travail sont multiples — restauration, livraison, revente en ligne, emplois familiaux, petits boulots déclarés ou non — et concernent toutes les filières, de la seconde à la terminale.
Un point de méthode avant d’aller plus loin, parce que ce chiffre mérite d’être manié avec la précision qu’il exige : cette étude n’est pas une grande enquête statistique nationale façon Insee. C’est une enquête exploratoire et qualitative, menée par le Céreq auprès de 6 000 répondants dans une vingtaine d’établissements, complétée par des entretiens avec les équipes éducatives. Le chiffre de 25 % est solide — il vient d’un questionnaire à large échelle — mais l’ensemble de la démarche reste d’abord qualitative, pas un recensement exhaustif. Ce n’est pas la même nature de preuve qu’un chiffre Insee, et il serait malhonnête de le présenter comme tel.
Un dernier détail intéressant sur ce chiffre : les anciennes estimations situaient ce phénomène autour de 20 %. Je n’ai pas trouvé, en cherchant sérieusement, la date précise de cette ancienne estimation ni sa méthodologie exacte — donc je vous le donne comme un ordre de grandeur mentionné par les chercheurs eux-mêmes, pas comme une comparaison chiffrée solide dans le temps.
Pourquoi personne ne voit rien venir
Le résultat le plus frappant de cette étude n’est peut-être pas le chiffre lui-même, mais la réaction qu’il provoque. Les chercheurs rapportent que, quel que soit l’établissement, ce phénomène est systématiquement sous-estimé par les professionnels interrogés — enseignants en tête. Quand on leur annonce qu’environ un quart de leurs élèves travaille, la réaction est presque unanime : la surprise.
💡 Ce que dit l’étude : le personnel de vie scolaire (CPE, surveillants) a davantage connaissance de ces situations que les enseignants eux-mêmes, plus éloignés du quotidien concret des élèves. Le sujet n’est pas tabou — il est simplement perçu comme marginal, jusqu’à ce que la fatigue, l’absentéisme ou une chute de résultats le rendent visible.

Cette invisibilité n’est pas anodine. Un lycéen qui travaille discrètement ne le crie pas sur les toits — par pudeur, par peur du jugement, ou parce qu’il maintient volontairement une frontière étanche entre son école et sa vie de salarié. Résultat : l’institution découvre souvent la situation au moment où elle a déjà des conséquences, pas avant.
Ce que la recherche dit vraiment sur l’impact scolaire
C’est ici qu’il faut être le plus prudent, parce que le raccourci est tentant : « il travaille, donc ses notes baissent ». Les chercheurs eux-mêmes refusent ce raccourci. Le lien entre travail lycéen et difficultés scolaires n’est pas fermement établi dans un sens unique — et surtout, la causalité peut fonctionner dans les deux directions : chez certains jeunes en difficulté, ce sont les difficultés scolaires qui poussent vers le travail (pour retrouver un sentiment d’utilité ou de compétence ailleurs), pas seulement l’inverse.
Ce que l’étude montre en revanche assez clairement, c’est que ce travail n’est pas réparti au hasard. Les élèves les plus précaires sont aussi ceux qui travaillent le plus souvent — la monoparentalité, les situations économiques fragiles, ou certains parcours migratoires (notamment chez les mineurs non accompagnés) sont des facteurs régulièrement associés au recours précoce à une activité rémunérée. Le travail lycéen n’est donc pas qu’une question individuelle de « gestion du temps » : c’est aussi un marqueur social, qui risque d’accentuer des inégalités déjà présentes.
Les effets, précisent les chercheurs, ne sont d’ailleurs pas uniformes : ils dépendent du temps consacré à l’activité, des conditions dans lesquelles elle s’exerce, et surtout du fait qu’elle soit choisie ou subie. Un job occasionnel et choisi n’a probablement pas les mêmes conséquences qu’un emploi contraint et prenant, imposé par la nécessité économique du foyer.
Ce que ça change concrètement, si vous êtes parent
Vous n’avez pas besoin d’une étude pour savoir si votre ado travaille — mais ce que cette recherche apporte, c’est une raison de ne pas minimiser le sujet s’il se présente, ni de le voir comme forcément incompatible avec la réussite scolaire.
Quelques repères simples :
- La fatigue et l’absentéisme sont des signaux tardifs, pas des signaux précoces. Si votre ado montre des signes de fatigue inhabituelle ou un désintérêt scolaire nouveau, ce n’est pas nécessairement de la paresse — ça vaut la peine d’en parler ouvertement, sans jugement immédiat.
- Un job n’est pas un problème en soi. La question n’est pas « travaille-t-il ? » mais « dans quelles conditions, et est-ce choisi ou subi ? ».
- Le dialogue vaut mieux que la découverte après coup. Un ado qui sent qu’il peut parler de son job sans se faire immédiatement sermonner sur ses notes est plus susceptible d’alerter lui-même en cas de vrai problème d’organisation.

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Et du côté de l’organisation du travail scolaire
Ce sujet dépasse largement les maths — c’est avant tout une question de société et d’équité scolaire. Mais si votre ado doit effectivement composer avec un emploi du temps serré entre lycée, devoirs et job, la question de l’organisation devient centrale : mieux vaut un travail régulier et court qu’une révision entassée la veille, surtout quand le temps disponible est déjà compté. J’en parle plus en détail dans mon article sur comment vraiment progresser en maths, avec des méthodes qui prennent justement en compte un temps de travail limité.
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Le travail des lycéens n’est ni une anomalie honteuse, ni un détail sans conséquence. C’est une réalité qui concerne un élève sur quatre, largement passée sous le radar — y compris le mien, avant de tomber sur cette étude. Et vous, aviez-vous une idée de l’ampleur du phénomène ?
- Berthet Thierry, Guichard Léa, Harmand Marie-Laure, Simon Véronique et Vollet Juliette, « Le travail invisible des lycéen·nes. Ces élèves qui cumulent études et activités rémunérées », Céreq Bref, n° 483, mars 2026, 4 p. Issu du projet de recherche ANR « Travail des lycéen·nes et trajectoires scolaires » (TDL), enquête menée en 2024-2025 auprès de 6 000 répondants dans une vingtaine d’établissements (lycées généraux, technologiques, professionnels de trois régions, et missions locales). ↩


